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Etre exclu quand les autres n'ont rien

Dans un pays ravagé par la guerre où chacun lutte pour survivre, l'aide aux personnes handicapées est loin d'être une priorité.

Plus de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 0,75 euros par jour. Pour les personnes handicapées, la situation est encore plus difficile que pour le reste de la population. Un grand nombre de personnes handicapées a été déplacé lors de la guerre et séparé de sa famille et de sa communauté ; ces personnes ne bénéficient donc d'aucun soutien financier. Elles ne génèrent le plus souvent aucun revenu. Dans ces conditions, si l'espérance de vie en Sierra Leone avoisine quarante ans, celle des personnes handicapées est probablement bien inférieure.

Signe du peu d'intérêt qu'on leur porte, il n'existe aucune donnée statistique sur les personnes handicapées de Sierra Leone. Bien que les amputations aient été parmi les manifestations les plus médiatisées de la guerre, aucune mesure spécifique n'a été prise en faveur des personnes handicapées. Il n'existe que très peu de structures pour les personnes sourdes, aveugles ou handicapées mentales. Il n'existe aucune aide sociale spécifique pour les personnes handicapées. Elles doivent affronter une large gamme d'exclusions.

Hassan Fufuna, 16 ans
© Stuart Freedman / Network Photographers

Hassan Fufuna, 16 ans, estropié par la polio depuis l'âge de 10 ans, a été attrapé par les rebelles qui lui ont coupé son seul bras valide. Originaire d'une famille extrêmement pauvre, il ne peut travailler et est obligé de mendier. Freetown, 1999.

Les conceptions archaïques du handicap, liées aux mauvais sorts et aux esprits de la forêt, s'entrechoquent avec des images plus actuelles, celles des mendiants handicapés violents, souvent traumatisés par la guerre. Les unes comme les autres entretiennent le rejet et la marginalisation. De nombreuses personnes handicapées se conçoivent elles-mêmes comme des fardeaux pour leur famille et leur communauté.
L'accès aux soins, difficile pour chacun, l'est particulièrement pour les personnes handicapées, qui sont par exemple l'objet de discriminations de la part des sociétés de transport. Les principaux services de réadaptation physique disponibles sont ceux que gèrent Handicap International, la German Leprosy Relief et la Prosthetics Outreach Foundation, en lien avec le ministère de la Santé. Ces structures ne peuvent faire face à l'ensemble de besoins et sont totalement dépendantes de l'aide internationale.
Sur le plan de l'éducation, rien n'est fait pour promouvoir l'intégration des enfants handicapés dans le système scolaire ordinaire, que ce soit en matière d'accessibilité ou en termes de sensibilisation et de formation des enseignants. Les directives du ministère de l'Education ne comportent aucune obligation. Même si le nombre d'écoles spécialisées a augmenté, elles restent peu nombreuses, avec des équipements inadaptés et un personnel peu ou pas formé. L'essentiel de celles qui existent est regroupé au niveau de la capitale, rendant impossible toute intégration pour la grande majorité des enfants.
Le « faible », pour ne pas dire inexistant, niveau de qualification des personnes handicapées rend évidemment ardu leur accès à l'emploi, dans un pays où le taux de chômage des jeunes dépasse 50%. Aucune mesure d'aide financière n'est en place pour inciter les patrons et les entreprises à embaucher des personnes handicapées. La fonction publique ne leur accorde aucun quota.

 

 

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