Eunice Barber, athlète franco sierra- léonaise, a tenu à témoigner, pour soutenir notre action en Sierra Leone.
Quand avez-vous quitté la Sierra Leone ?
Eunice Barber : Je suis partie à l'âge de 18 ans, en 1992, avant que la guerre ne commence à ravager le pays. J'ai eu une jeunesse privilégiée, j'ai été épargnée. Mais même avant la guerre, la vie était devenue très difficile. Il y avait déjà beaucoup de pauvreté. Par la suite, j'ai évidemment suivi de près ce qui se passait. Quand je voyais les reportages à la télévision, quand on me racontait les atrocités, je ne pouvais pas imaginer qu'un tel cauchemar se déroulait chez moi... Qu'il pouvait y avoir des gens aussi inhumains. Aujourd'hui, j'ai du mal à comprendre l'être humain. Mais je pense tous les jours à mon pays natal. J'ai toujours de la famille là-bas : mon père, des tantes, des cousins. Je veux aider, mais seule, je ne sais pas par où commencer. Il faut que les gens de bonne volonté unissent leurs efforts. Il faut aussi changer les mentalités.
Quel regard portez-vous sur la situation du pays ?
Eunice Barber : Ce que j'ai vu lors de mon dernier séjour, en 1995, m'a profondément choquée : la misère, la faim, des personnes terriblement maigres, des gens qui vieillissent tellement vite, à cause de la dureté de la vie. C'était terrible, insupportable. Encore aujourd'hui, on manque de l'essentiel : de nourriture, d'eau, d'électricité... Tout est à reconstruire. C'est pourquoi je suis très reconnaissante à Handicap International pour son travail en Sierra Leone depuis dix ans. Le pays a besoin d'aide, car il ne peut pas s'en sortir seul. C'est aussi très important de former des gens, pour que les Sierra- Léonais puissent s'aider eux-mêmes. Il faut leur apprendre comment pêcher, et non pas pêcher à leur place.
Quand on est une sportive de haut niveau comme vous, quelle perception a-t-on du handicap ?
Eunice Barber : Je suis particulièrement sensible à la situation des personnes handicapées depuis que, en 2002, une paralysie du pied gauche a failli mettre un terme à ma carrière sportive. Je ne savais pas si je pourrais recourir un jour. Quand on est hyperactif comme moi, du jour au lendemain, tout s'écroule. J'étais gênée parce que j'avais besoin d'être aidée, j'étais dépendante des autres. J'ai dû porter une attelle pendant de nombreux mois. C'est déjà difficile, en France, de se déplacer avec des béquilles ou en fauteuil roulant. En Afrique, c'est bien pire. Mais être née en Sierra Leone me donne de la force. La compétition, c'est une remise en question permanente. Je me rappelle d'où je viens et je sais qu'il faut se battre.
Soutenez nos programmes en Sierra Léone