Finah et sa fille ont été prises en charge par une équipe de Handicap International après avoir été amputées par des rebelles.
"Je m'appelle Finah. Je viens de Konibaya, un village situé dans la région de Koinadugu, au nord de la Sierra Leone. J'étais en train de faire la cuisine quand j'ai entendu des coups de feu. J'ai alors dit à Damba, ma fille, de se coucher par terre. Quelques instants après, un rebelle est entré dans la maison. Il nous a amenées au centre du village sous la menace de son arme.
Là, se trouvaient d'autres villageois, prisonniers eux aussi. Le sol était jonché de cadavres. Ils ont continué à tirer, les gens tombaient un par un. Le commandant des rebelles a donné l'ordre de nous couper les mains. "Puisque vous avez refusé notre gouvernement, personne ne sera épargné. Nous allons mettre en place l'opération "aucun être vivant". Les amputations ont commencé. Damba, moi, puis tous les autres. Tout le village a été incendié et on nous a laissé partir. J'avais déjà perdu beaucoup de sang et la chaleur que dégageait l'incendie était insoutenable. Alors, j'ai perdu connaissance. Le matin, nous avons marché deux jours jusqu'à Kabala, c'était loin et la douleur était insoutenable. Nous avons passé un jour à l'hôpital de la ville. Le lendemain, on nous a transportées par hélicoptère à l'hôpital de Freetown pour y être opérées.
Comment oublier la peur ?
Après un mois d'hospitalisation, on nous a envoyées dans le camp des déplacés et des victimes de guerre, à Waterloo. On s'est retrouvé avec d'autres personnes parfois amputées d'une ou des deux mains, d'une ou de deux jambes, des personnes dont le corps a été lacéré, des gens qui ont eu les oreilles coupées et d'autres les yeux crevés. C'est là que nous avons rencontré l'équipe de Handicap International.
Damba va tous les jours à l'école du camp où elle retrouve des enfants de son âge, parfois mutilés comme elle. Les techniciens sont en train de nous fabriquer un appareillage. Bientôt, nous serons toutes les deux appareillées. Comment oublier la peur, les atrocités, la douleur ? Valérie, la psychologue de Handicap International m'aide grâce à des entretiens, mais rien ne sera jamais plus pareil."
Témoignage recueilli en 1998
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