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Issa, 9 ans, mutilé par les rebelles

Issa, 9 ans, mutilé par les rebelles

Jeune garçon appareillé d'une prothèse
© Handicap International

Issa est un jeune garçon de 9 ans. Il fréquente l'école primaire, à Freetown. En 1999, il a été l'une des victimes des rebelles du Front Révolutionnaire Uni (RUF). Sa grand-mère, qui est décédée depuis, a raconté à l'équipe de Handicap International ce qui s'est passé.

 

« Ce matin-là, je me suis levée de bonne heure pour préparer le petit déjeuner composé de manioc et d'huile de palme. Issa s'est réveillé, il avait faim. C'est mon seul petit-fils et je ferais tout pour lui. Je lui ai demandé de patienter encore un peu et je suis retournée à la cuisine. C'est à ce moment que j'ai constaté qu'un groupe d'hommes se trouvait sous la véranda. Ils ont pénétré dans la maison et l'un d'eux a pris Issa dans ses bras. Je leur ai demandé qui ils étaient et ce qu'ils voulaient. Pour toute réponse, j'ai reçu une gifle en plein visage. L'un des hommes m'a demandé de leur préparer un repas et de me dépêcher car ils étaient pressés de partir. Entre-temps, un autre groupe de rebelles est arrivé et leur a demandé de les suivre. C'est à ce moment que j'ai compris véritablement la situation.
Nous étions devenus leurs prisonniers. Nous avons dû sortir et rejoindre d'autres personnes. Issa pleurait, criait comme s'il avait compris ce qui allait se passer. Nous avons marché puis, nous nous sommes arrêtés dans un village déserté par ses occupants. Ils nous ont tous enfermés dans une pièce, sauf Issa qui continuait de crier. J'étais très inquiète, j'avais peur qu'avec ses cris incessants, il n'énerve les soldats. Un homme m'a demandé de sortir de la pièce et de l'accompagner. J'ai pris peur lorsque j'ai vu l'un des rebelles brandir une hache. J'ai crié, je les ai suppliés de ne pas faire de mal à mon petit-fils. Je préférais qu'il me tue plutôt qu'il ne touche à l'enfant. Ils ont ri et m'ont poussée. Je suis tombée. Lorsque j'ai réalisé ce qu'ils voulaient faire, j'ai voulu m'enfuir mais ils m'ont rattrapée et m'ont rouée de coups. Issa s'est arrêté de pleurer. La dernière image que j'ai de lui, c'est lorsqu'il était attaché à un tronc d'arbre. Ensuite, je me suis évanouie.

Traumatisée par ces tragédies
Quand j'ai repris connaissance, les rebelles avaient disparu. Issa avait la jambe amputée et saignait abondamment. J'ai pris un vêtement pour recouvrir la jambe amputée et je suis partie. Issa a repris connaissance lorsqu'on lui a versé de l'eau sur la tête. Ce n'est que le lendemain que j'ai atteint Freetown avec l'enfant sur le dos. Après avoir parcouru encore plusieurs kilomètres, j'ai été recueillie par des soldats de l'ECOMOG1. Ils m'ont emmenée au Connaught Hospital où les médecins de MSF ont dû ré-amputer la jambe d'Issa. Mais il était sauvé ». 

Ensuite, Issa a été confié à Handicap International pour la confection d'une première prothèse provisoire, avec laquelle il a pu s'exercer à marcher. Depuis, sa grand-mère est décédée. L'équipe de l'association a recherché sa maman et l'a trouvée. Elle est profondément traumatisée par ces tragédies. L'unité psychologique les a pris en charge, son fils et elle. L'oncle qui l'aidait à élever Issa est, lui aussi, décédé. Elle se retrouve seule à prendre soin du garçon.
(Témoignage recueilli en 2003)

[1] Force d'interposition des Etats d'Afrique de l'Ouest

 

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